SOUTERRAIN MEDIEVAL DE L'ABBAYE SAINT-SAUVEUR DE REDON.

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LE PLAN DU SOUTERRAIN.

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La poterne débouchant à travers le rempart (dont on distingue les pierres de maçonnerie), sur le bord de la Vilaine. On constate que l‘arc du dessus de porte n’est pas adapté à la voûte du souterrain comme si la poterne avait été construite par l’extérieur contre le rempart. Le niveau de l’eau dans le marais de Redon atteignait son maximum à la fin du Moyen âge on peut imaginer une porte plus large qui laissait le passage de grosses barques dans l’entrée du tunnel.

Un souterrain reliant l’abbaye à la Vilaine.

PIC_0342.JPGLe monastère médiéval disposait d’une galerie souterraine qui communiquait avec les rives de la Vilaine. En effet avant sa canalisation un bras de la rivière longeait cette partie du rempart. L’entrée du souterrain se trouvait à l’intérieur même de l’abbaye un escalier devait être incorporé à un bâtiment le long de l’extrémité sud-est du cloître. D’après le plan de l’abbaye dressé zen 1650 se trouvait à cet emplacement la salle capitulaire où se réunissait l’assemblée des moines. On ignore cependant si ce bâtiment remplissait déjà cette fonction lorsque le souterrain était utilisé.

Le souterrain aboutissait hors des fortifications de la ville. Une poterne s’ouvrait dans les remparts, permettant d’accéder au bord du fleuve. Le terrain sur lequel débouche le souterrain est décrit en 1773 comme étant sous la marée, la sortie du souterrain devait donc s’effectuer à l’époque,sur une étroite bande de terrain marécageux

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Nous remarquons ici une irrégularité de la voûte qui permet de voir la disposition de la roche. Probablement une fragilité de la roche dans cette zone a entraîné la chute d’un bloc plus important qu’espéré par le tunnelier

PIC_0321.JPGCi-contre à la base de la paroi une petite fontaine maçonnée.

On voit dans le fond de la fontaine de l'eau très claire. Elle servait probablement à abreuver hommes et animaux et peut être le ravitaillement en eau des navires et chalands. Une rigole permettait l'écoulement du trop plein.

Une structure médiévale redécouverte au XIXème siècle.

Le souterrain fut redécouvert à l’occasion de travaux de construction dans ce qui était à la fin du XIXème siècle, un collège.

Un petit mémoire paru en 1894 relate sa découverte et sa désobstruction dirigée par l’abbé Guillot.

L’abbé ne mentionnait que quelques trouvailles découvertes dans les remblais qui comblaient le

souterrain. Il est ainsi fait mention de monnaies et jetons datés du XIVème siècle. Ils seraient datés de la toute fin du Moyen Age et du tout début de l’époque moderne. Comme ils proviennent des terres ayant servies à remblayer le souterrain, il semblerait que celui-ci soit abandonné à la fin de l’époque médiévale. La destruction de plusieurs bâtiments au XVIIème siècle vient définitivement sceller l’entrée du souterrain.

L’intégration du souterrain au système de fortification, son mode de construction ainsi que les éléments de datation découverts permettent de replacer son utilisation au Moyen Age

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Le souterrain entièrement creusé dans la roche.

L’accès au souterrain se fait par un étroit escalier voûté. Il débouche sur un boyau plus large maçonné et voûté lui aussi. Une portion de ce dernier est simplement creusée et la roche laissée à nu. Cette section est fermée par une porte maçonnée qui donne dans un deuxième tronçon de galerie lui aussi maçonné. Celui-ci se termine par une poterne ouverte dans le rempart. Ces deux boyaux adoptent un tracé curviligne et se recoupent presque à angle droit.

Deux courtes galeries s’ouvrent de part et d’autre du boyau principal, à proximité de sa sortie. Leurs deux entrées, situées vis-à-vis, comportent encore des éléments de fermeture correspondant à des portes. A proximité, une petite fontaine a   été creusée à même la paroi nord est du souterrain, au ras du sol. Un petit canal dallé, retrouvé au niveau de la poterne, devait permettre d’évacuer le trop plein d’eau hors de la galerie.

PIC_0334.JPGCi contre la partie de la voûte où la roche est à nu, mais la trace des outils concerne seulement les finitions de la voûte pour lui donner son aspect définitif et ne concerne donc que le travail délicat de taille de la roche. On peut penser que pour le creusement et l’extraction des gros blocs on devait utiliser d’autres outils.

CREUSEMENT ET CONSTRUCTION DU SOUTERRAIN.

 

Une galerie taillée dans le grès de Redon.

Les différentes galeries qui composent le souterrain sont, pour la plus grande partie maçonnées. Cependant différentes portions laissent apparaître la roche montrant ainsi que les boyaux ont bien tous été creusés de manière souterraine, et non à partir de la surface.

Le sous-sol redonnais est composé de grès, appelés grès de Redon. Il se présente sous forme d’une roche rougeâtre qui se débite par plaque. La nature de ce grès rend difficilement compréhensible l’aspect tortueux du souterrain. Le mode de creusement le plus aisé consiste en effet à tailler ces plaques de front, ainsi qu’on peut l’observer dans les exploitations traditionnelles d’ardoise.

Les traces laissées par les outils médiévaux sont encore bien visibles sur toute une section de la première galerie. Elles dessinent de larges arcs de cercle, plus ou moins rapprochés selon la dureté de la roche. Longue d’une vingtaine à une trentaine de centimètres, elles se croisent en V. elles semblent avoir été laissées par un outil à pointe pyramidale d’à peine un centimètre de large. Voir le détail ci-dessus.

Une galerie de grande ampleur. Si le souterrain ne s’avère pas très long avec une soixantaine de mètres de galeries. La section des boyaux est elle importante. Les différentes galeries mesurent en effet, environ 2,80m de large pour autant de haut.

Elles sont voûtées en ogive, même dans les parties qui n’ont pas étés maçonnées, le sol du souterrain est constitué par la simple roche taillée.

Dans le fond la porte sépare le souterrain en deux parties des traces de gonds montrent que l'accès du fleuve au monastère pouvait être fermé par une porte.

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Un souterrain en grande partie maçonné.

La photo ci-contre illustre parfaitement le texte qui suit. Par contre plutôt que de détériorations je parlerai de roches de qualité médiocre ce qui est le cas très souvent des schistes de Saint-Perreux. Ici apparemment les schistes de Saint-Perreux se confondent avec les grès de Redon qui les surmontent (même type de sédimentation qui se poursuit) Les détériorations de la voûte rocheuse expliquent que des sections de galeries aient été renforcées par des maçonneries. Celles-ci se présentent sous la forme d’un petit muret, soutenant une voûte coffrée (les moellons du muret proviennent comme le montre leur couleur des pierres récupérées lors du creusement du souterrain).

Une fois le creusement de la galerie achevé, on érigeait un mur le long de la paroi rocheuse. Un étayage en bois était mis en place sur environ un mètre de long. Entre ce coffrage et la voûte rocheuse on introduisait un mélange de pierrailles et de mortier. Un deuxième coffrage, probablement supporté par le même étayage, était disposé à la suite. De proche en proche, le boyau se trouvait ainsi renforcé par une voûte soutenue par deux murets.

Le très bon état de conservation du souterrain permet encore de voir les empreintes des planches utilisées pour coffrer la voûte. Les trous dans lesquels s’encastraient certains montants en bois de l’étayage sont eux aussi encore visibles. On peut ainsi reconstituer les procédés employés dans la construction usuelle à l’époque médiévale.

Remarque : Il reste à vérifier que le ciment utilisé pouvait être produit à l’époque médiévale, en effet si le ciment existait déjà à l’époque romaine et servait à étancher les aqueducs, la perte de sa recette ou le manque des ingrédients pour le produire on fait que ce ciment n’était plus produit au Moyen âge. Je trouve personnellement que l’aspect est celui des ciments modernes dont le procédé a été inventé au milieu du XIXème siècle, donc juste avant la redécouverte du souterrain, peut être le béton coffré a été appliqué alors pour consolider une voûte de pierre telle qu’elle est visible par endroit.

Des maçonneries différentes.

Si l’ensemble du souterrain a été réalisé selon des techniques identiques, on peut noter des différences dans la réalisation des galeries.

Le soin apporté dans la réalisation des maçonneries varie ainsi considérablement selon les boyaux. L’analyse des mortiers montre aussi l’utilisation d’au moins deux types de sable différents. Le souterrain apparaît ainsi ne pas avoir été construit d’un seul tenant.

UN SOUTERRAIN A L’USAGE ENCORE MYSTERIEUX.

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Le souterrain et les fortifications de la ville.

Le souterrain de Redon par sa disposition apparaît intégré au système de fortification de la ville. Il semble peu probable lorsqu’on étudie la petite poterne ouverte dans le rempart, qu’il ait préexisté à l’érection des murailles. Ces dernières ayant été construites au milieu du XIVème siècle, on peut raisonnablement penser que le souterrain a été créé à la même période.

Cependant, les fortifications ont maintes fois fait l’objet de réparations et même de reconstructions au cours des siècles. D’après le type de mâchicoulis qui le surmonte, le rempart protégeant l’abbaye semble plutôt  du XVème siècle. L’analyse de la poterne montre que celle-ci existait avant la mise en place de cette portion de muraille. Il se pourrait ainsi que lors d’un renforcement des fortifications au XVème siècle le souterrain a été considéré comme une faiblesse dans le système défensif et fermé à ce titre. Ce souterrain ne devait pas avoir une vocation défensive.

Une structure utilisée pour le stockage.

 

PIC_0329.JPGLa présence de deux galeries en cul de sac et la grande largeur des boyaux permet d’imaginer que le souterrain a pu, au moins un temps servir de structure de stockage.

Les photos : La première,  la grande chambre, ci contre à partir de cette chambre vue vers le souterrain, au fond la petite chambre photo ci-dessous.

Se faisant face les deux chambres transeptent le souterrain.

Le milieu souterrain avec un taux d’humidité stable et une température qui avoisine les 12°C, est particulièrement propice à la conservation des denrées périssables.

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Il existe dans d’autres régions des galeries souterraines qui desservent de petites cellules. Ces caves à cellules latérales sont pourtant structurées différemment. D’une organisation plus régulière, elles sont rarement aussi étendues et ne comportent pas de débouché à l’air libre. Leur vocation de stockage est bien attestée.

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Des éléments de fermetures tels que des gonds, sont visibles à chaque extrémité des différentes galeries qui composent le souterrain. Des portes devaient donc permettre d’isoler.Cette organisation en définissant des espaces bien délimités vient à l’appui de l’hypothèse d’une utilisation du souterrain comme caves. L’absence de tout élément prouvant l’existence d’un système d’éclairage apparaît toutefois curieuse.

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Un lien entre l’abbaye et le fleuve Vilaine.  

Le souterrain de Redon possède une disposition originale. Il relie, en effet, l’espace intérieur de l’abbaye à un fleuve navigable. Le souterrain débouchait, à l’époque médiévale sur la rive même d’un bras de la Vilaine. Actuellement son seuil se trouve à moins d’un mètre au dessus du niveau du niveau moyen du fleuve en hiver. Au Moyen Age, la Vilaine, à marée haute, devait presque atteindre le niveau du sol du souterrain. Cependant le sol ne porte aucune trace d’un ennoyage régulier de la partie basse de la galerie. Le souterrain se trouvait donc hors d’eau.

Ce lien entre l’abbaye et la rivière n’était pas fortuit. De nombreuses marchandises étaient transportées via la Vilaine, comme le sel ou les vins de Bordeaux. La plupart transitaient par le port de Redon, où l’abbaye disposait de structures de stockage. Cependant, le souterrain a pu, durant une période, remplir cet office pour des denrées destinées à la consommation du monastère par exemple. L’étude du sol au débouché du souterrain pourra, peut être, livrer des éléments de réponse. Sous les remblais apportés au cours des siècles pour assainir ce terrain, il est possible d’imaginer un petit débarcadère.

En résumé : le souterrain de Saint-Sauveur a été probablement fait au moment de la construction de la muraille en 1350 pour relier l’intérieur du monastère à la Vilaine pour son ravitaillement. Avant la construction du rempart un tel aménagement était probablement inutile, puisqu’on pouvait accéder directement du fleuve à l’abbaye par  la surface, le relief du point le plus haut du sol de l’abbaye est de moins de 10 m au dessus du niveau de la Vilaine.

On peut imaginer que les premiers mètres du souterrain étaient directement accessibles en barque. Au moins jusqu’aux portes d’entrée des chambres.