Conférence de Gilles Martin Chauffier

le jeudi 14 mai 2009 à Bains sur Oust.

Compte rendu par Joseph LE DEROUT.

Le comité de Gouel Ballon a organisé pour la commémoration de la victoire de Ballon par Nominoë sur les troupes de Charles le Chauve en 845, une conférence sur l’avenir de la Bretagne par Gilles Martin Chauffier breton d’origine vannetaise et auteur du livre le roman de la Bretagne.

Gilles Martin Chauffier est aussi rédacteur en chef de Paris Match.

Après une présentation par Patrick Renaud du conférencier et de son œuvre d’écrivain, Gilles Martin Chauffier, devant une assistance hélas assez clairsemée pour un tel sujet, a développé le thème choisi. Il a  insisté sur le fait que les bretons ignorent  l’histoire de leur pays. Par exemple, ils ne savent pas que ce sont eux avec les troupes de Guillaume le Conquérants, qui ont permis la conquête de l’Angleterre par les normands.  La cavalerie bretonne a été décisive dans la bataille victorieuse d’Hasting, (en reconnaissance de ce fait ils ont obtenu des territoires en Angleterre qu’ils ont gérés pendant longtemps,  mais ils étaient confisqués chaque fois qu’alliés à la France ils luttaient contre les anglais). Ils  ignorent aussi très souvent que c’est leur duc de Bretagne Mauclair qui menait les troupes françaises dans les luttes contre les Cathares. Le conférencier a aussi fait remarquer que l’histoire de France enseignée à l’école par les programmes officiels ne fait aucune nuance concernant les provinces. Ainsi nous savons que la Bretagne a eu une histoire différente de celle de la France jusqu’en 1532, et l’histoire enseignée dit aux bretons que Duguesclin est un héros, alors que pour nous ce breton nous a trahi et a aidé à livrer la Bretagne à la France. Nulle part dans l’histoire de France il n’est fait mention de Nominoë, et on ne nous dit pas que Charlemagne dans sa conquête de la Bretagne à massacré de nombreux bretons. De même l’histoire de France nous fait croire que la Bretagne était un pays pauvre, alors qu’à l’époque du rattachement de la Bretagne à la France en 1532 c’était une région très prospère, parmi les plus prospères de l’Europe,  égale de Venise qui dominait alors toute la Méditerranée, elle était très industrielle au temps ou l’essentiel de l’industrie était textile et elle possédait une flotte importante de près de 2000 petites unités. La Bretagne était connue à l’époque dans tout le monde Européen pour la qualité de ses voiles de navire. Ses principaux clients étaient les anglais et les hollandais (les bretons avaient fourni les voiles de l’Invincible Armada). C’est Louis XIV qui a entrainé la ruine de la Bretagne par les guerres contre les hollandais, en lui fermant ainsi tous débouchés commerciaux avec ses principaux clients pour les voiles.

C’est aussi une légende de dire que c’est grâce au train que les amendements pour l’agriculture ont été introduits en Bretagne au XIXème siècle, cela faisait déjà longtemps qu’en Bretagne l’agriculture était riche par l’utilisation des algues comme fumure organique ou amendement calcaire (le maërl). (D’ailleurs on se demande comment une province si pauvre peut produire aujourd’hui jusqu’à 60% de certaines productions agricoles nationales). Notre histoire, de Nominoë à 1532, nous a fait selon les circonstances ou des alliés de la France ou des adversaires amis de l’Angleterre, mais pendant cette longue période de 7 siècle les ducs de Bretagne ont toujours essayé de garder leur indépendance envers l’un ou l’autre de ces deux pays qui tour à tour ont essayé de l’assimiler à leur empire. La véritable histoire de la Bretagne n’est pas encore enseignée à l’école d’aujourd’hui en Bretagne.

L’avenir de la Bretagne, Gilles Martin Chauffier croit que la Bretagne a plus d’avenir dans l’Europe que la France. Pour argumenter sa thèse il rappelle le droit de suzeraineté, l’avenir des régions européennes suivra probablement le même parcours que celle de la formation de la France à partir des provinces.

Il rappelle que les barons des provinces qui en avaient assez de se faire la guerre pour toutes sortes de prétextes, se sont réunis et ont désigné le roi de France pour arbitrer les différents litiges entre les différentes provinces, (le roi n’était pas de loin à l’époque à la tête du territoire le plus puissant de ce qui sera plus tard la France),  . A partir de ce moment la France suzeraine n’a eu de cesse de prendre tous  les pouvoirs sur l’ensemble des provinces. A l’époque le comte de Toulouse ou le comte de Provence n’avait pas conscience que son pouvoir allait disparaître complètement assimilé par le pouvoir central de son suzerain. De la même façon les pays de l’Union Européenne vont voir sans doute peu à peu leurs pouvoirs nationaux assimilés par l’Europe suzeraine et d’autant plus sûrement que les provinces des différents pays ont plus d’intérêts communs entre elles qu’avec leurs pays tutélaires. Ainsi la Bretagne très maritime pour ses problèmes de pêche a plus d’intérêts communs avec l’Irlande, l’Ecosse, le Pays de galle, qu’avec le reste de la France. De même la Corse a plus d’intérêts communs avec la Sicile la Sardaigne et les îles méditerranéennes qu’avec le reste de la France. Appuyant cette thèse le conférencier fait remarquer que son propre fils sarkoziste convaincu lui a fait part d’interventions au parlement européen de Strasbourg de deux députés européens qui n’ont rien de révolutionnaires, ils ont simplement demandé que les différentes provinces d’Europe puissent intervenir directement pour exposer leurs problèmes  au sein des instances européennes (court-circuitant  ainsi le système sans passer par leur état de tutelle). Cette évolution se fera sans doute inexorablement dans 20 ans 50 ans et même sans aucune intervention particulière de la Bretagne diluant ainsi les pouvoirs des états au profit d’une Europe suzeraine dialoguant directement avec les provinces.

Une autre idée développée par Gilles Martin Chauffier, les bretons ne sont pas d’ardents défenseurs de leur Bretagne, déjà au temps du rattachement de la Bretagne à la France ils n’ont pas trop réagi, et ils ont gardé une grande considération pour la Duchesse Anne par qui pourtant ce rattachement s’est entamé. Quand Pétain a détaché « la Loire Inférieure » (maintenant la Loire Atlantique), de la Bretagne il n’y a pas eu trop de réactions, c’était pendant la guerre, mais même après la fin de celle-ci  ils ont peu demandé la recomposition de leur province historique. A part quelques réactions d’illuminés les interventions d’autonomistes bretons sont faibles par rapport à celles des Corses ou des Basques, les bretons n’aiment pas les extrémistes.

Lors des questions après la conférence cette dernière idée a déclenché quelques réactions dans l’assistance, une auditrice a demandé à Gilles Martin Chauffier  « où était son journal Paris Match, pendant les manifestations à Nantes,  pour le rattachement de la Loire Atlantique aux quatre autres départements bretons de la région Bretagne».

Les propos de Gilles Martin Chauffier à ce sujet ont choqué de nombreux participants, pour la plupart convaincus de l’importance de la Bretagne dans son intégrité historique et pour certain de l’autonomie de leur province. Il  a probablement raison en ce qui concerne la grande majorité de la population bretonne, d’ailleurs les sondages le prouvent peu de bretons paraissent prêts à s’engager pour l’autonomie de leur province. Il suffit de constater les nombreuses contestations concernant les panneaux bi-langues (« ça coûte cher aux contribuables », « on est en pays gallo ici », etc.) , pourtant c’est bien peu pour la survie de l’une des plus anciennes langues encore parlées d’Europe mais en voie de disparition.

Une autre intervention d’après la conférence : une ancienne professeure d’histoire a fait remarquer que quand elle enseignait à des élèves d’origines étrangères, elle leur expliquait en aparté que leur histoire à eux était différente de la notre et  elle leur apportait des précisions quand elle le pouvait. La grande majorité des participants a réagi en disant qu’il n’y a rien eu de semblable dans les écoles bretonnes. Cette même personne a fait remarquer que la Bretagne a rarement mis en pratique le droit de suzeraineté et ne faisait pas allégeance au roi de France. Gilles Martin Chauffier lui a fait remarqué que c’était ce qu’il disait et que jusqu’en 1532 la Bretagne se considérait comme un état indépendant.

Malgré quelques polémiques, Gilles Martin Chauffier se sent breton, bien que travaillant et résidant dans la région parisienne,  de mon point de vue il a dressé un constat assez réaliste des bretons et de la Bretagne d’aujourd’hui. Les bretons n’aiment pas que des parisiens, même originaires de Bretagne, viennent leur donner des leçons et cela suffit pour leur ôter toute objectivité sur des sujets les concernant.

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