EN CLASSANT LES CARTES POSTALES.

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Rennes le 24 décembre 1911.

Ma chère Marie,

A mon retour de Redon, je t’envoie cette carte postale pour t’annoncer que j’ai fait un bon voyage, sans déraillement, ce qui n’est pas rare dans l’Ouest de la France, sans trop de cahots, malgré la vitesse de la locomotive qui se démenait comme un cheval poussif secouant la tête à chaque pas, sans craquement de notre cloison bien quelle poussât quelques gémissements lamentables par moments et qu’à l’instant où des militaires s’assirent dans le compartiment voisin du nôtre, j’aie cru que nous allions être réunis en une seule compagnie par la chute des planches de séparation, sans trop de retard, puisqu’à 7h1/4 nous débarquions triomphalement sur les cailloux d’une voie encombrée, alors que nous aurions dû arriver à quai à 6h50, enfin sans trop rouspéter après la compagnie, parce que je me disais qu’il valait encore mieux voyager dans la plus mauvaise brouette marquée O-E, que sur une bicyclette de la meilleure marque avec un temps comme il en faisait un. Nous avons eu un véritable cyclone, comme vous avez pu le lire dans les journaux, le jeudi nuit et jour, les échafaudages qui se trouvaient tout le long de la tour, laquelle a 67 mètres, furent précipités par le vent, au milieu d’un vacarme qui aurait pu faire croire que toute la tour était en bas. Un professeur était sur le point de sortir à ce moment et dans sa terreur, il fit, dit-on, 4 fois le tour du cloître à cloche-pied, en criant que la tour venait d’être renversée. Des cheminées du Collège, des ardoises, des vitres de lucarne tombèrent au milieu des cours : enfin c’était tragique. Heureusement qu’il n’y a pas eu de tempête du même genre dans ma classe et que tout c’est bien passé.

J’écrivis jeudi.

L’événement vu par Ouest-Eclair (dont les archives sont consultables sur internet gratuitement depuis le vendredi 19 décembre 2010).

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REDON

UN ECHAFAUDAGE BRISE, UN THEATRE FORAIN DETRUIT

Une tempête effroyable, comme en n'en avait pas vu depuis de longues années, s'est, déchaînée sur Redon dans la nuit de mercredi à jeudi et a continué ses ravages pendant une grande partie de la journée de jeudi.

échafaudage.jpgLes dégâts causés par ce véritable sinistre mais, pour le moment, difficile à apprécier, étant donné leur étendue.

Toutes les maisons ont eu leur toiture plus ou moins endommagées. Celle de l’Hôtel de Ville, notamment, a été très éprouvée ; en outre, plusieurs réverbères de ce monument ont été brisés ou tordus.

De nombreuses cheminées ont été abattues; l'une d'elles, à la fonderie Chevallier, a atteint en tombant un jeune ouvrier de 18 ans, nommé Vinouze, qui a eu la jambe brisée.

Les rues sont jonchées de débris de toutes sortes.

De tous côtés, dans les jardins et sur les routes, le long du canal de Nantes à Brest et de la Vilaine, des arbres ont été déracinés et brisés.

Le spectacle est lamentable.

Vers six heures du matin, les échafaudages et le monte-charge de la tour gothique, actuellement en réparation, se sont écroulés sur une hauteur, de trente mètres environ, avec un bruit formidable, entraînant dans leur chute de gros blocs de pierre. Les grilles entourant le monument ont été en partie brisées

Par un hasard vraiment providentiel, aucune personne n'a été blessée.

Un peu plus tard, vers dix heures, après avoir subi déjà de nombreux assauts, un théâtre forain, installé sur la place de Bretagne, s'est écroulé avec un fracas épouvantable, sans occasionner encore heureusement d'accident de personne.

Cet établissement, construit en bois et couvert en toile, ne forme plus qu'un amas de ruines. Il appartient à MM. L. Fillon et fils. Leurs pertes sont importantes.

Dans les rues, les ardoises tournoyaient continuellement et venaient s'abattre sur le sol ou heurter avec violence, les devantures des magasins dont les vitres volaient en éclats.

Les passants, entraînés par la bourrasque avaient peine à se tenir debout ; certains même furent renversés ; c'est ainsi que rue du Tribunal un jeune porteur de pain culbuta trois fois avec sa petite voiture et finalement celle-ci eut son couvercle enlevé.

On nous signale qu'à Beaumont la toiture d'une petite maison a été complètement retournée.

Sur plusieurs points, des poteaux télégraphiques ont été abattus et les fils brisés, les communications sont interrompues.