VISITE DE LOUIS XI A REDON.

FONDÉE en 832 par Saint-Conwoïon, natif de Comblessac et archidiacre de Vannes, enrichie par les dons du roi Nominoë et ceux des seigneurs de Bains, Sixt, Carentoir, Avessac, Peillac (Saint-Vincent) et des autres paroisses voisines, l'Abbaye de Redon ne tarda pas à jouir d'une réputation qui ne fit que grandir après les invasions normandes et finit par s'étendre jusqu'aux frontières orientales de la France. Tout d'ailleurs était fait pour favoriser cette renommée sans pareille et on s'explique facilement l'affluence des pèlerins qui, pendant le moyen-âge et jusqu'aux temps modernes ne cessèrent d'aller à Saint-Sauveur. Sa situation au confluent d'un fleuve et d'une rivière importante, au voisinage de deux voies romaines dont l'une reliait Rome aux extrémités  de la péninsule armoricaine, la proximité du château de Rieux où les personnages les plus marquants de l'époque aimaient à se donner rendez-vous et où se passèrent bien des événements saillants de l'histoire de Bretagne depuis le temps des Alains, sont pour une grande part les raisons de cette vogue.       

Il ne faut donc pas s'étonner qu'en 1462, dès le début de son règne, le roi de France Louis Xl soit venu au tombeau de Saint-Conwoïon. Mais ce pèlerinage qui fit grand bruit et laissa à Redon un souvenir ineffaçable, avait certainement d'autres buts et, ceux-là, moins désintéressés, le roi avait des visées sur l'abbaye Saint Sauveur « poste avancé de la Marche Bretonne". Et puis, ne voulait-il pas juger par lui-même de la vérité des propos qu'on lui avait tenus sur la cour ducale de Bretagne, sa magnificence, sa richesse, sa force et son éclat? François II, notre dernier duc, père de la Duchesse Anne, le reçut comme un souverain reçoit un autre souverain, tous deux égaux en puissance et en majesté, avec les plus grands honneurs et la pompe la plus magnifique. Sa femme l'accompagnait, cette douce duchesse Marguerite, fille du duc François 1er, venue : prier au mausolée de son père dont les restes reposaient devant le maître-autel de notre église … L'Abbé de Redon, Yves Le Sénéchal et ses moines faisaient partie du cortège.

On a dit que Louis XI avait, en venant à Redon, un troisième objectif, et qu'il désirait profiter de son séjour ici pour décider Françoise d'Amboise, veuve du duc Pierre II, à épouser le duc de Savoie pour pouvoir plus aisément mettre la main sur ses biens qui, pour une bonne partie, se trouvaient aux environs de Redon (Rieux, Rochefort, La Gacilly, Fougeray, etc.): Mais la sainte duchesse avait fait vœu de ne pas se remarier, Elle refusa l'invitation du roi d'aller lui rendre visite à Redon, et resta enfermée dans son château de Rochefort-en-Terre.

En souvenir de son voyage à Redon, Louis XI donna à l'Abbaye un énorme crucifix et six gros chandeliers, le tout d'argent massif, que l'on plaça sur le maître-autel et qui y restèrent jusqu'en 1792. De chaque côté de cet autel, les Bénédictins avaient fait mettre deux statues représentant François II et Louis XI. Tout fut détruit pendant la Révolution.

LE SALUT DE LOUIS XI.

Très cher et aimé Cousin,

            Tourmenté depuis déjà moult mois par l'ardent désir de venir, accomplir un pieux pèlerinage à l'antique église de Redon, pour y particulièrement honorer le divin Sauveur, qu'ont choisi, il y a moult années passées, pour patron, les pieux fondateurs de son Monastère pour lui rendre grâces des multiples faveurs maintes fois obtenues de lui pour le bien et la prospérité de notre Royaulme et le supplier ainsi de nous avoir ainsi toujours en sa sainte et digne garde; avons tenu en ces présentes journées à ne pas plus longtemps différer et à mettre à exécution notre pieux dessein.

Aussi  bien, très cher et aimé Cousin, nous est-il agréable de vous le voir favoriser et d'être accueilli par vous avec tant de joliesse, demeurant ainsi assuré que la dite entrevue nous permettra, à vous mon féal compère, comme à moi-même de longuement discourir ensemble des intérêts de votre Duché comme de ceux du Royaulme de France, auxquels il cuide à chacun de nous de moult s'intéresser.

 Ce pourquoi en venant ici, avons particulièrement prié Saint Michel et Notre-Dame de Liesse et prierons aussi Saint-Sauveur, qu'ils nous aient pendant ces journées en leur spéciale et amène protection.

Cy  est notre bon plaisir.

LE SALUT DE FRANCOIS II.

Très cher sire,

Dès que avons apprins , ces temps derniers votre prochaine venue,  en notre bonne ville de Redon, avons éprouvé grande joie, C'est pourquoi nous, votre ami et féal chevalier, François II, par la grâce de Dieu, Duc de Bretagne, et tout notre bon peuple assemblé ici en grande liesse, se font grand plaisir de vous en marquer leur joie!

Aussi bien, nous sera-t-il à chacun de bonne aisance de pouvoir durant ses journées jeter un regard ensemble sur moult affaires de large importance qui, le savez bien, intéressent votre royaume et notre Amitié. L'un et l'autre seront désireux, point n'en doute, de les étudier en toute franchise et bon aloi.

A l'ombre de ce noble sanctuaire de Saint-Sauveur et des murs de cet antique Monastère, qui il y a sept siècles déjà écoulés, donna naissance à notre bonne ville de Redon, serez en toute sécurité et bon.

UN EXTRAIT DE LA REVUE DE LA SOCIETE HISTORIQUE DU PAYS DE RETZ

Les griffes de Louis XI dans notre histoire régionale

Lundi 12 juillet 2010, par Emile Boutin

Bouguenais; Moyen-Age; Revue SHPR

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Bretagne (dont dépendaient de nombreux prieurés du Pays de Retz).Louis XI décide alors de s’en occuper personnellement. Il va entreprendre un pèlerinage à Saint-Sauveur de Redon. C’était alors l’abbaye la plus prospère de la

Bretagne (dont dépendaient de nombreux prieurés du Pays de Retz).

L’infatigable pèlerin

On sait que le roi était très dévôt, notamment envers la Vierge Marie. Il s’était consacré dès sa prime jeunesse à Notre-Dame de Cléry. Un de ses portraits à Tours porte l’épitaphe suivante :       Du corps seulement la santé       Je demandais à Nostre-Dame ;       Trop l’importuner c’eust esté       De la prier aussi pour l’âme.

La dévotion de Louis XI était, comme celle des gens du XVe siècle empreinte de superstition. Les pèlerinages revêtaient aux yeux du roi une valeur excessive, que ce soit le Mont Saint Michel où il prit la décision de créer l’ordre de Saint-Michel ou Saint-Sauveur de Redon, riche en reliques de saint Hypothème et de saint Marcellin entre autres. Son amour pour cette abbaye était réel. En 1455, il avait envoyé par Simon de Logeril, un chevalier,   200 écus d’or au coin de Savoie, pour y être employés à certaines fondations qui devaient être obligatoirement acquittées le 4 juillet, jour anniversaire de sa naissance.

Dom Laubineau nous dit que ce pèlerinage à Redon fut avant tout : « un voyage de civilité et de dévotion ». Or, dans tout pèlerinage, Louis XI avait une arrière-pensée politique. En se rendant en Bretagne, il va ouvrir l’œil pour voir de quelles forces le duc dispose, se rendre compte de l’autorité de François II pour, si possible, la mettre en échec. Par la même occasion, il veut rencontrer Françoise d’Amboise qui résiste à ses projets de mariage.

Par Champtocé et Ancenis (toujours l’espionnage), il prend la route de Redon. Il a pris soin de faire préparer ses voies auprès de la duchesse douairière en lui envoyant son père, qui, mieux que quiconque, doit pouvoir persuader Françoise des bonnes intentions du roi. Louis d’Amboise trouve sa fille à Rochefort et insinue que le rôle d’une grande dame n’est pas de patenôtrer à longueur de temps, qu’elle peut pratiquer la charité d’une façon plus active et doit obéir au quatrième commandement de l’Eglise qui demande la soumission des enfants à leurs parents. Mais il se heurte au refus poli et catégorique de sa fille. Alors il change de ton. Puisqu’elle veut faire beaucoup d’aumônes, il lui faut conserver ses biens. D’ailleurs il remet à Françoise une lettre du roi « lui enjoignant de venir à Redon lui rendre hommage pour les seigneuries qu’elle possède en Poitou ». L’argument est de poids, car dans la négative, le roi confisquerait tous les biens de la duchesse hors de Bretagne.

HEBERGEMENT DE LOUIS XI A REDON AU CHATEAU DE BUARD ? Par J. LE DEROUT.

Louis XI pendant son séjour à Redon aurait été logé au château de Lanrua ou château de Buard ou Bua. Nous avons vu lors de notre visite d’octobre 2012, que Louis XI était très attaché à l’Ile de Béhuard de la Loire, au sud d’Angers, il avait fait de nombreux dons à la chapelle Notre-Dame de Béhuard. Il est intéressant de remarquer que le nom de l’île est associé au nom d’un chevalier breton de Buard transformé en Béhuard. Le château de Lanruas est devenu d’après de Laigue vers les années 1460 la propriété d’un chevalier de Buard originaire de la région de Dol, c’est aussi cette famille qui est évoquée pour l’île de Béhuard, c’est ainsi que le château de Lanruas de Buard est devenu le château de Buard. Le château de Buard aurait été restauré dans son aspect actuel à la fin du XIVème première moitié du XVème siècle. Un château très proche de Redon récent et tenu par une famille de nom connu aurait peut-être favorisé le choix du château de Buard pour héberger le roi.

Le château de Lanrua détail de l’image Géoportail de Redon.

Sur la carte géologique au 1/80000ème de Redon établie en 1855 le nom du Lanrua actuel est écrit Lanrouas.

Lan désigne en breton soit un monastère ou la végétation qu’on appelle la lande (parce qu’elle est riche en ajonc, lann en breton).

Rouas en breton pourrait venir de roue qui est le roi (on trouve roue dans drouk-roue du Finistère sud qui désigne la vérole (la syphilis qui aurait été introduite dans la famille royale de France par les Médicis) en ce cas le nom de Lanrouas pourrait être le nom donné au lieu après le passage de Louis XI, lande du roi. Mais en breton la mutation du mot breton gwazh donne rwazh et veut dire ruisseau, ceux qui connaissent bien le château de Buard savent que façade ouest dans le bas du parc il y a un ruisseau qui alimente un étang, juste au-dessus du lavoir de la Houssaie. Ce qui justifierait le nom de Lanrouas c'est-à-dire la lande du ruisseau, c’est plutôt cette étymologie qu’il faut privilégier, à cause du s final de l’ancienne orthographe lanrouas qui correspond au zh final de gwazh.