INFORMATIONS CONCERNANT UN SOLDAT  RUSSE ENTERRE AU CIMETIERE DE SAINT-NICOLAS DE REDON

Document fourni par Monsieur Maugendre.

 26 mai 1981

Secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants

Direction interdépartementale

104, rue Gambetta

44036 NANTES CEDEX

JPD/AG

Objet : recensement des sépultures militaires soviétiques.

V/Réf : Section D.S. N° 340 MF/MTL

Clt : G 52/E 16 16

L'enquête relative au soldat soviétique inhumé dans le cimetière de Saint-Nicolas de Redon s’est  avérée: difficile, de nombreux témoins des événements de cette époque sont maintenant disparus,  et aucun document écrit n'a été laissé, les quelques éléments d'information obtenus relèvent uniquement de la tradition orale.

Au printemps 1944, le soldat soviétique RESCHIN s’est présenté chez Monsieur SENOUX Jean, maintenant décédé cultivateur à La Chesnaie en AVESSAC. Sa nièce, Madame HEAS, domiciliée au Pont de la Rondelle en Guéméné-Penfao se souvient : « de ce soldat,  un  petit brun, l’air très jeune ».

Etait-il un déserteur de l'armée du général VLASSOV, d'un  Bataillon de l’Est ou l'un de, ces prisonniers soviétiques que les autorités allemandes avaient déporté en FRANCE pour y travailler à la construction du "Mur de l'Atlantique" et qui se serait évadé, nul ne le sait, la barrière linguistique ayant à l’époque gêné les échanges. Toujours est-il que la présence de ce soldat ayant été connue, la famille, SENOUX n’a pas pu le garder, en raison des représailles dont elle aurait été victime si les faits avaient été connus  des autorités occupantes ou des autorités françaises collaborationnistes.

Le soldat RESCHIN, aurait tenté de rejoindre VANNES et aurait été intercepté en gare de REDON.

Arrêté, le soldat RESCHIN a été incarcéré dans les caves de la Kommandantur de REDON, en compagnie d’autres soviétiques qui cherchaient, comme lui, à rejoindre les maquisards français, et en compagnie de résistants français du Pays de Redon, victimes à l’époque d'une vague d'arrestations.

La tombe du soldat Reschin cimetière de Saint-Nicolas de Redon.

Ces prisonniers, laissés sans nourriture, privés d'eau, victimes de mauvais traitements et de sévices, de la part de miliciens français et plus encore de la part d'allemands relevant du R.S.H.A., sont décédés dans ces caves ou ont été déportés en Allemagne , la plupart ne sont pas revenus vivants.

Un certain nombre d'habitants de REDON, surtout des enfants tentaient de nourrir ces prisonniers en leur jetant de la nourriture par le soupirail la plupart des miliciens français laissaient faire en général, mais les militaires allemands qui les relevèrent par la suite s'y opposaient énergiquement.

Le soldat RESCHIN  qui avait survécu à ces conditions dramatiques de détention pendant quelques semaines, a été fusillé par des troupes allemandes relevant de l'O.K.W., dans une carrière proche du cimetière, carrière devenue depuis le terrain des sports.

 Les autorités allemandes avaient donné ordre au maire de faire creuser une fosse, elles ont procédé elles-mêmes à l'inhumation, mais elles avaient refusé de donner tout renseignement concernant ce soldat.

 

Le soldat RESCHIN a été transporté au lieu du supplice dans un camion, assis sur son cercueil. Les allemands obligeaient les habitants de rester chez eux. Cependant, dans la traversée du bourg, le soldat RESCHIN s'est levé et a parlé,  malheureusement, personne ne connaissait le russe; les soldats allemands  l'ont obligé à se rasseoir sur son cercueil.

Malgré les mauvais traitements qu'il a subis, très certainement en vue de connaître les complicités dont il avait bénéficié, il s'avère qu'il a eu le courage de ne pas parler, personne n'ayant été inquiété par les autorités de cette époque.

 

Le monument funéraire sous lequel repose le soldat RESCHIN a pour origine une initiative privée: il fut offert par Madame LOUKIANOFF Alexandra, pédicure à REDON, maintenant décédée.

Cette personne, qui était d'origine soviétique, émigrée pendant ou après la révolution  d'Octobre, était parait-il-entrée en relation avec l'Ambassade soviétique  après la libération, pour donner des renseignements aux autorités de ce pays. Sans doute disposait-elle d'informations plus précises, qui ont disparu avec elle.

Toujours par tradition verbale, ce soldat avait pour nom RESCHIN, son prénom n'est pas connu, il serait originaire de KIEV, fils d'un pharmacien, son âge présumé, évalué entre dix-sept et dix-neuf  ans.