ARCHEOLOGIE DES VASES DE LA VILAINE CONFERENCE DU 24 FEVRIER 2010

PAR PIERRE NICOLAU-GUILLAUMET.

Compte rendu par Joseph LE DEROUT.

PIERRE NICOLAU-GUILLAUMET.


Né en 1934

Licencié es Sciences Naturelles

Diplômé d’Etudes Supérieures de Sciences Naturelles

Assistant à la faculté de Sciences de Paris (Entomologie).

Maître de conférences au Muséum National d’Histoire Naturelle (Ornithologie) (Baguage).

Passionné d’Archéozoologie (Figurations paléolithiques d’oiseaux)

Prospecteur archéologique de surface en Languedoc et Bretagne.

Auteur d’environ 160 publications scientifiques.

Président de la Société d’Etudes Ornithologiques de France.


Recherches effectuées dans les vases des dragages de 1983 à 1987

Les restes découverts s’étalent du néolithique jusqu’à nos jours.

Situation géographique des dragages.


La Vilaine.

Noms successifs : Vicinonia,.

 Visnonia, Visnaine, Vilaigne, Vilaine.

La Vilaine le plus long fleuve breton : 225 km de la source à l’embouchure à Arzal, coule d’abord de l’est vers l’ouest, puis à partir de Rennes du nord vers le sud, et enfin à partir de Langon la direction devient nord-est vers le sud-ouest.

Bassin versant 10083 km2. Navigable depuis 1640

Son débit varie de 2 m3/s 1989 jusqu’à 1500 m3/s en 1998, mais cette variation n’est plus visible au niveau de Redon depuis le barrage d’Arzal.

Le fleuve a  Joué un rôle politique, économique, dans la pêche, les transports, touristique, jusqu’au début du XXème siècle Redon a été un port important de mer et de voies navigables, aujourd’hui son rôle est  uniquement  touristique. Pour la navigation de plaisance du nord au sud de la Bretagne, c’est une jonction Manche Atlantique sans passer  la pointe de la Bretagne par le raz de Sein et la mer d’Iroise.

Les dragages de 1983 à 1985 une aubaine pour les archéologues. C’est ainsi que M Nicollau Guillaumet, qui habite près de l’ancien gué qui permettait le franchissement de la Vilaine  entre Beslé en Loire Atlantique et Brain sur Vilaine en Ille et Vilaine, avec l’aide de son fils, s’est intéressé à ces matériaux en archéologue amateur mais cependant de formation scientifique approfondie.

Il faut reconnaître qu’il s’agit d’un travail original et unique parce que la Vilaine a été draguée entre 1970 et 1985 pratiquement de son embouchure jusqu’à Langon et il y a eu bien d’autres sites historiques importants de dragués, comme le passage de la Vilaine à Rieux, à Aucfer et Redon et des études semblables auraient peut être permis de savoir si on franchissait la Vilaine par un gué ou un pont au niveau de Rieux sur la voie romaine de grande importance de Blain à Vannes. Une étude très précise de cette voie près d’Allaire a été faite par l’archéologue Gilles le Roux (Voir N°48 de la Berlinguette).

Les découvertes ont été faites entre la Chère et le Don. Un manuscrit de 1543 a établi la carte de la Vilaine de Rennes à pratiquement l’embouchure, il représente dans un panneau  cette zone de prospection qui comportait une île. Sur une carte ancienne de 1806 on remarque la présence de l’indication d’un passage (un gué) entre Beslé et Brain sur Vilaine. Ce gué est  un peu au dessus de la pointe nord de l’île. Il est en biais entre Beslé et Brain (c’est le cas en général pour les gués, pour éviter de créer un effet barrage).

Sur une carte de 1985  le passage n’est plus mentionné et l’île est rattachée du côté de Beslé.  La ferme de la Trouanière était autrefois au bord de la Vilaine elle ne l’est plus. L’étude a été faite dans les dragages de la Vilaine entre le pont de Beslé et  le pont de l’îlet.

Les boues de dragage (en réalité du sable des blocs de pierre) ont été déversées dans différentes zones de l’ancienne île, mais elles ont  été aussi utilisées pour remplir des chemins.


Les objets trouvés.

Les poids pour les lignes et les filets de pêche. Des pierres à gorges et à trous, en schistes et en grès depuis le néolithique jusqu’à nos jours, les pierres ne peuvent pas être datées.

Photos ci -contre 1, 2, 3, 4, 5, 6.

Paléolithique de 1,8 millions d’années à moins 6000 avant Jésus christ. A cette époque plusieurs glaciations se succèdent et la Vilaine creuse un lit profond. Monsieur Guillaumet nous fait remarquer que le paléolithique ne doit pas être recherché dans le fond de la vallée de la Vilaine, car le creusement de la vallée s’est fait pendant et après cette période donc tous les éléments produits dans cette époque ne peuvent  être retrouvés que dans les sédiments des plateaux bordant la vallée de la Vilaine.

Néolithique de -6000 à 2500 avant JC.


Percuteurs en quartz quartzites et grès, 7 et 8. Une masse à fouir 10. Des polissoirs en grès, des lissoirs, des percuteurs, des haches polies en dolérite, la pierre vient peut être du nord de la Bretagne de la région de Plussulien en Côtes d’Armor. Une hache polie en quartzite orange patinée qui n’est pas non plus une roche de la région.

Les objets en silex taillé.

Poignard semi facial, avec une face taillée, et une face brute.


Chalcolithique âge du bronze.

Les premiers objets produits par la métallurgie sont en or et cuivre.

Le bronze est plus dur que le cuivre, c’est un alliage cuivre étain.

Le cuivre est stocké sous forme de lingots, avec trace de coulée.

Des déchets de fonderie ont aussi  été découverts, probablement  y avait-il un atelier pas très loin.

Objets en cuivre et bronze.

2 poignards en cuivre pur avec lame affûtée, la composition du cuivre est celle de celui venant des Alpes. On trouve le même type d’objet dans le Languedoc. Ces objets témoignent déjà d’un commerce entre différentes régions de France et d’Europe dès le début de l’âge du bronze.

Objets en bronze avec zone d’emmanchement et zone d’affûtage :

Une pointe d’épée qui a été reprise.

Les haches les plus anciennes pincée par un manche fendu sont à Rennes.

La hache à talon était pincée dans manche coudé qui résiste mieux aux chocs.

2 épées une cassée et une tordue, les épées ont été redressées ce qu’il ne faut pas faire, la torsion des épées témoigne souvent d’une intention délibérée à l’occasion d’une offrande ou de la mort de son propriétaire.

Une en deux morceaux avec stries d’ornementation.

Pointes de lances.

Certaines sont cassées certaines entières, restes de bois d’emmanchement lances à hampes en bois.

Des épingles.

5 types différents d’épingles:

Une tête en clou, tête vasiforme, tête évasée, tête enroulée, tête biconique.

Ces épingles courbées servaient d’hameçon ou pour tenir les linceuls.

Poterie :

A cordon digité à pastillage  (bronze ancien âge de fer)

A triangle en chevron (tesson de 5cm).

Age du fer.


De 300 avant JC à 50 après JC. On ne peut pas les dater, les objets en fer, l’oxydation est très rapide, l’objet se réduit vite en un paquet de rouille, les objets anciens en fer ne sont datables que par leur type. Il y a peu d’objet en fer ancien.


Période gauloise gallo-romaine.

Tuiles à rebords, tegulae (ci-dessus 11 et12) et imbrice.

Céramiques communes

Goulot, anse, panse, lèvre, on jetait probablement les déchets dans la Vilaine.

Céramique sigillée,

Ces céramiques fabriquées dans des moules, dans la Gaule à Millau, ont circulé pratiquement dans toute l’Europe. On faisait les comptes directement sur le fond d’une assiette et peut être c’est cet usage qui à fait entrer les expressions financières le terme d’assiette (assiette des impots). Un four pour la cuisson de 27950 vases en même temps. Production déjà industrialisée.

Un soc d’araire gaulois. Le morceau de bois qui s’engageait dans le soc a été enlevé, c’est une erreur car ce bois apporte beaucoup de renseignements archéologiques.


Chaîne Viking IXème Xème siècle, c’est une chaîne crémaillère.

Les vikings remontaient la Vilaine, cette chaîne prouve que les vikings sont remontés plus loin que la Déroute des Normands en Avessac lieu d’une bataille entre les bretons et les vikings et qui a aboutie au traité du 25 mai 869.

Sceau cassé du XIVème – XVème siècle.

On peut lire dessus UL ABE de ST MEEN,  il s’agit du sceau de Raoul de Pontbriant 17 novembre 1395 l’inscription en partie effacée peut être lue RAOUL ABE DE ST MEEN, il a été aussi Abbé de Saint-Sauveur de Redon, il a son enfeu dans l’abbatiale Saint-Sauveur de Redon, Et les armes des Pontbriant sont représentées dans le vitrail des abbés du transept nord de l’abbatiale Saint-Sauveur.

Jeu de Mérelle (Marelle) (ci-contre), gravures sur une plaque de schistes, 3 enceintes (sorte de jeu de morpion).


Quelques découvertes dont la datation pose question.


 


Quelques objets découverts dont la datation pose question.

- Des anneaux en bronze et en laiton. - Des perles en bronze.

- Des fusaïoles en schistes, en plomb date inconnue.

- Morceau de bracelet en verre peut être Gaule romaine ?

- Bracelet filiforme d’enfant, en cuivre pur et de petite taille. - Fibule (ancienne épingle à nourrice).

- Creuset avec scories  cuivreuses.

- Boucle de ceinture en bronze du IVème siècle l’ardillon a disparu.

- Une boucle argentée.

- Boucle à chape du XIIIème et XVème siècle.

- Boucle en bronze XVème XVIIème.

- Herminette en fer. Dont la datation peu s’étaler de 800 avant JC jusqu’à nos jours.

- Une clé artisanale.

- Une bague de fiançailles à chas en cœur sur lequel est inscrit un L,  (à L mon cœur), Plusieurs possibilité peuvent expliquer cette bague soit perdue par une lavandière, soit jetée dans l’eau par dépit à la suite de fiançailles rompues.

-Mascaron du XIXème siècle, par son aspect de personnage romain, l’inventeur pensait qu’il s’agissait d’un objet beaucoup plus ancien.

Les armes de guerre et de paix.

Lance à douille. Boulet d’espingole ou pierrier. Faisait partie d’un ensemble de boulets reliés par un chaîne que l’on tirait pour abattre les mâts, de tels boulets étaient tirés par un canon récupéré sur l’épave de la Boussole de La Pérouse (donc du XVIIIème siècle).

Poire à poudre de chasse en cuivre à décor repoussé XIX retrouvée en deux moitiés.

Des balles de mousquet en plomb utilisées pour la chasse jusqu’au XIXème siècle.

Religion

Cœurs et croix de chapelet,

Des croix récentes souvent incrustées de bois.  On peut dater les croix des chapelets par la disposition de l’anneau. Les anciennes croix ont l’anneau perpendiculaire au plan de la croix alors que les plus récentes on leur anneau dans le plan de la croix.

Remarque : cette disposition dépend probablement du support d’enfilage des grains du chapelet. La croix ancienne devait probablement être attachée à un fil de fibre de laine de lin ou de chanvre. Les plus récentes à anneau dans le plan de la croix devaient être attachées à une chaîne.

Les médailles.

Une médaille à l’effigie de Léon XIII pape de 1878 à 1903.

Des petites statuettes porte-bonheur, (gris-gris)

De nombreuses médailles de saints en laiton et en cuivre, certaines en plomb.

Numismatique.

129 pièces ont été récoltées plus un trésor (en numismatique un trésor commence à partir de 2 pièces découvertes en même temps)

Des pièces quinaires 289 avant JC.

As de Nîmes, Claude de 41 à 51 après JC, Néron, sesterce de Trajan, Antonin le Pieux, Constantin le premier empereur catholique.

Dizain de Louis XII 1497-1515.

Le trésor

Comprenant 222,5 pièces sur le dragage en 5 ans.

Frappées entre 1575-1653. Probablement une bourse tombée dans la Vilaine pendant la fronde.

Monnaies royales avec une représentation de Louis XIII variant en âge.

Des monnaies locales, au lieu des fleurs de lys des trèfles caractéristiques de Sedan.

Pièces féodales, il n’y a pas d’ateliers féodaux dans l’ouest de la France.

Pièces d’argent des deniers du Maine, de Bretagne (Rennes et Nantes)

XIVème  Charles de Blois en argent et cuivre.

XVIème franc en argent d’Henri III.

Flancs monétaires des pièces (pas frappées)

Un quart de statère 1er siècle avant JC avec aurige cheval et conducteur.

Dizain de Louis XII 1497-1515.

Le trésor

Comprenant 222,5 pièces sur le dragage en 5 ans.

Frappées entre 1575-1653. Probablement une bourse tombée dans la Vilaine pendant la fronde.

Monnaies royales avec une représentation de Louis XIII variant en âge.

Des monnaies locales, au lieu des fleurs de lys des trèfles caractéristiques de Sedan.

Pièces féodales, il n’y a pas d’ateliers féodaux dans l’ouest de la France.

Des objets de navigation sur la Vilaine.

Perches, gaffes.


Comment ces différents objets ont pu se trouver dans les boues de la Vilaine dans la zone draguée, rappelons que les dragages  sont localisées près d’un gué. Un gué est une zone de passage d’une rive à l’autre, le fleuve est aussi souvent une zone frontière entre des régions différentes, ainsi à l’époque des peuples armoricains (les Vénètes étaient séparés des Namnètes par la basse Vilaine, et les Redones étaient aussi séparés des Namnètes mais plus haut par la Vilaine), Les gués étaient des zones d’échanges (les objets néolithiques dont les matériaux de fabrication sont exportés prouvant le commerce avec d’autres région) mais aussi de combats contre de possibles envahisseurs, mais ils pouvaient aussi servir pour les rituels de culte liés à l’eau (c’est sans doute le cas des épées tordues). Des objets ont aussi pu être perdus lors du passage du gué, cas de la bague de fiançailles, du sceau de l’abbé de Pontbriand, des poids de pêche, des outils métalliques de navigation. De tout temps les cours d’eau ont servis aussi de dépotoirs, sans doute les fragments de céramique.

Conclusion les objets récoltés dans les boues de dragage par messieurs Nicolau Guillaumet sont d’un grand intérêt et montre l’importance de la vilaine comme zone d’échange, de zone frontière et de zone de transport, et ceci dès le néolithique.