L’environnement aquatique de Redon au Moyen Age et à la Renaissance

Une conférence de Daniel PICHOT le 25 février 2015

Dans la conscience populaire le marais est vu comme un milieu pauvre, et comme un environnement à assécher. Ainsi surtout au XIXème siècle de nombreux travaux ont été faits pour assécher les zones humides pour les rendre accessibles aux cultures. Le marais est aussi vu comme un milieu où les maladies sont fréquentes, (miasmes des marais, cette réputation était justifiée par le paludisme transmis par les moustiques et qui existait en Bretagne.)

Or depuis le développement de l’écologie on s’est aperçu que les marais sont les milieux les plus productifs en biomasse de la planète et qu’il vaut mieux les exploiter en tant que marais que comme des champs.

Les documents dont nous disposons sur Redon et le marais de Redon,

Le plus ancien le Cartulaire.

Le cartulaire ne parle pas de trop de l’eau, mais de la navigation et des propriétés de l’abbaye dans le marais.

Le manuscrit de 1543 :

Le premier document qui représente la ville de Redon. Le document conçu pour l’aménagement de la Vilaine il donne une représentation du cours d’eau de Redon à Rennes, des marais qui l’entourent ainsi que divers éléments des rives de la vallée et en partie des villages qui les bordent, il y a quelques erreurs ainsi Masserac et Avessac sont inversés. Au premier abord on pense que la représentation n’est pas exacte, mais on est surpris en étudiant de près le document par l’exactitude de certains points de détails, surtout en ce qui concerne le cours de la Vilaine qui représente l’objet principal du document.

Différents plans de la ville de Redon, en vue d’aménagements du port.

A cette époque le port de Redon était sur la Vilaine surtout du côté de Saint-Nicolas à l’aval du Pont de Saint Nicolas.

La marée remontait la Vilaine en deçà de Redon et cela posait de gros problèmes aux bateaux qui étaient échoués à marée basse. Pendant ces périodes de une à deux fois par jour il était très difficile de travailler à bord voire impossible. Pour résoudre ce problème un bassin à flot permanent est construit mais seulement au milieu du XIXème siècle.

Entre Redon et Langon le lit de la Vilaine change au cours du temps

Le cours naturel au XVIème siècle est décrit dans le manuscrit de 1543. Après le cours a été modifié au milieu du XVIème siècle sous le roi François Ier (on est peu de temps après le rattachement de la Bretagne à la France ceci s’est produit en 1532 sous ce roi), des écluses à sas sont installées faisant de la Vilaine la première rivière canalisée de France.

Plan du marais à Brain du XVIIème siècle établi pour un procès pour définir le cours principal de la Vilaine, très important pour connaître les parties du marais appartenant à chaque paroisse.

Depuis 1000 ans la sédimentation est forte et on assiste à une remontée du niveau marin

Pour établir un plan du marais à ces époques on cherche des traces de végétaux fossilisés, par exemple les pollens, quand les chênes se développent on est en milieu terrestre. Quand on trouve des pollens de plantes qui se développent en milieu salé on est en estuaire noyé donc en milieu marin de ria. Les pénétrations marines et d’eaux douces alternent, et sont marquées par des plantes différentes. Les derniers grands travaux sur la Vilaine ont lieu en 1785, ils consistent en rectification du cours, de nombreux méandres sont supprimés, et des chemins de halage sont construits.

Avant, d’après le manuscrit de 1543 voir les images ci-dessous les embarcations qui naviguaient entre Redon et Rennes étaient petites et propulsées par un seul rameur, ou à la perche, dans les zones plus difficiles elles étaient probablement tirées par des hommes.

Importance économique du marais.

L’utilisation agricole du marais.

Une carte économique donne la qualité des pâturages et des foins, ceux-ci changent selon la durée d’inondation, s’ils sont inondés trop longtemps les plantes sont moins intéressantes pour nourrir les animaux.

Réchauffement après la dernière glaciation qui se termine il y a 11000 ans. Le réchauffement climatique se continue jusqu’à aujourd’hui. Pendant la glaciation la vallée de la Vilaine était occupée par un glacier, à la fin de la glaciation sous l’effet du réchauffement climatique le glacier a fondu libérant une vallée en auge à fond plat, au niveau de l’embouchure de la Vilaine ce fond plat se trouve actuellement sous 90m de vase, à Redon il est sous une trentaine de mètres, dans les premiers siècles le niveau de la mer était plus bas -120 m la Manche était à sec, mais à mesure de la remontée de la mer , les marais en hiver étaient de plus en plus régu-lièrement recouverts d’eau et la vallée s’est peu à peu transformée en ria. Ceci entraine des problèmes pour la circulation et la navigation, qui ne sont pas tout le temps possibles. Ou les niveaux d’eaux sont trop élevés, ou ils sont trop bas, la Vilaine est une ria et est soumise aux marées qui remontent jusqu’à Langon, cette remontée d’eau salée favorise de plus l’envasement.

On bannit les cultures sauf dans les zones les plus hautes qui sont rarement submergées, on s’adaptait au marais. On parle dans le cartulaire de foins et de pâturages (bons prés). Dans le parchemin de 1543 on voit sur les marais de nombreux troupeaux de bovins et de chevaux gardés par des bergers.

Au début du XVIIème un escolier de Saint-Sauveur a fait des dessins sur Redon. Ces dessins sont contenus dans un manuscrit conservé à Dinan. (Ce manuscrit a été présenté au salon du livre ancien de novembre 2014 à Redon). Parmi ces dessins il y a la représentation d’un gros boeuf.

Sur le manuscrit de 1543 sont représentées autour des îles des plantations pour consolider les rives et fixer les îles. Dans les fleuves les cours ont tendance à changer de lits et les îles à se déplacer et ceci fait naître des conflits de propriété, selon que le cours principal passe d’un côté ou l’autre du marais.

Le marais et la pêche :

Sur le manuscrit de 1543 ci-contre sont représentées de grandes pêcheries avec des bosquets, ce sont des zones plantées renforcées de pierres pieux et filets disposés en forme de V pour accélérer le courant et canaliser le poisson vers un piège, (saumons, aloses). Les pieux étaient souvent taillés dans des branches vertes vivantes de saules, ces arbres sont abondants dans le marais, ils s’enracinaient, ceci avait l’avantage de pérenniser la structure qui durait ainsi plus longtemps. C’est pourquoi le peintre représente les pêcheries sous forme de buissons disposés en V dans le lit de la rivière. On peut imaginer que des pieux en osier pouvaient aussi servir et on faisait ainsi d’une pierre deux coups, créer une pêcherie et produire de l’osier qui servait à tresser des nasses, des bosselles, mais aussi des paniers.

Peu de textes témoignent sur l’existence de ces pêcheries. Les écrits sont produits par les seuls puissants qui savent lire et écrire mais qui ne s’intéressent pas à ça. Il faut remarquer cependant que les nobles et Abbayes avaient des droits sur les pêcheries, ainsi l’abbaye Saint-Sauveur avait le contrôle des pêcheries de L’Oust d’Aucfer à Saint-Vincent sur Oust et probablement celles du marais de Brain-sur-Vilaine où elle possédait un château au bord du marais.

Des conflits existent entre les pêcheries et les bateliers, les pêcheries gênent la circulation des bateaux.

Sur le manuscrit de 1543 ne sont représentées que de simples barques qui remontent la Vilaine, vers Rennes, ainsi elles peuvent probablement assez facilement franchir les pêcheries dans leurs parties les plus étroites, pour cela il suffit d’enlever le filet qui la ferme pour capturer le poisson.

Les communs du marais, sont des terres exploitées par des villages ou des frairies, la terre est propriété seigneuriale ou de l’abbaye Saint-Sauveur qui donnent des droits d’exploitation.

Le franchissement des marais, de la Vilaine et de l’Oust.

Au moyen âge La Vilaine est une frontière entre les bretons et les francs. (Fuite de Charles le Chauve après sa défaite de ballon à Bains sur Oust) c’est après Nominoë et Erispoë que la frontière se déplace plus vers le sud jusque la Loire et à l’est. On a beaucoup de villages autour du marais, ainsi Langon est près du marais. Mais on a aussi,

rive droite : Renac, Brain sur Vilaine, Rieux,

rive gauche : Saint-Nicolas, Massérac, Beslé.

Rieux est un point de franchissement de la Vilaine à l’origine par gué puis plus tard par un pont. Dès l’époque gallo-romaine on franchissait la Vilaine à Rieux (était-ce par gué ou par pont ? Certains archéologues pensent que vue l'importance de la voie gallo-romaine Vannes Angers qui passait là la Vilaine, il s'agirait plutôt d'un pont).

Le niveau de la mer était plus élevé qu’aujourd’hui au Moyen Âge.

La traversée de la Vilaine se faisait par des bacs, par exemple sur l'Oust le bac d’Aucfer a existé jusqu’au début du XIXème siècle avant la construction d’un premier pont. Le cours de l’Oust d’Aucfer à Saint-Vincent sur Oust était une dépendance de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, et le bac d’Aucfer entretenu par les Rieux devait verser une redevance à l’abbaye Saint-Sauveur.

Un pont de bois apparaît à Rieux au XIIIème siècle une partie de ce pont pouvait se lever pour laisser passer les voiliers qui remontaient la Vilaine vers Redon ou ceux qui descendaient de Redon vers la mer. Mais le pont de Rieux qui est représenté sur le parchemin de 1543 est en réalité en ruines depuis plusieurs années déjà. Pour passer le pont de Rieux les bateaux devaient verser un péage qui a persisté de longues années après la disparition du pont.

Probablement les bateaux remontant la Vilaine devenant de plus en plus gros il devenait difficile de reconstruire à cet endroit un pont suffisant pour leur permettre de remonter jusqu’à Redon.

Quand le pont de Rieux a été ruiné l’abbaye Saint-Sauveur a fait transformer le pont de bois déjà existant de Redon à Saint-Nicolas en un pont en pierre à partir de 1438. Remarque, le pont de Saint-Nicolas de Redon permet le franchissement de la Vilaine mais à partir de Redon il faut de plus franchir l’Oust pour aller vers Vannes. Pour les convois terrestres le passage par le pont de Rieux était bien plus pratique.

Le passage de Rieux par les bateaux était cause de nombreuses controverses entre les seigneurs de Rieux et le port de Redon.

Au XVIème siècle les gros commerçants de Rennes veulent aménager le fleuve pour améliorer la navigation entre Guipry et Rennes en construisant des écluses. En effet le passage des barrages des nombreux moulins entre Guipry et Rennes était extrêmement difficile, comme le montre quelques vues du manuscrit de 1543.

Sur le manuscrit de 1543 représentant la ville de Redon les 4 personnages peints qui regardent la Vilaine vers l’aval seraient peut-être l’ingénieur présentant à des notables rennais les travaux à effectuer pour améliorer la navigation sur la Vilaine. Au XVIIIème siècle certaines périodes entre Toussaint et Pâques ne sont pas utilisables pour la navigation. A la fin du XVIIIème à la veille de la Révolution de 1789 on effectue des travaux pour couper les méandres de la Vilaine et construire des chemins de halage.

Le port maritime et fluvial de Redon.

Redon est un port maritime des bateaux de hautes mers remontent la Vilaine jusqu’à Redon, à partir de Redon pour remonter les marchandises jusqu’à Rennes les marchandises sont transbordées sur des bateaux fluviaux plus petits. Redon est aussi un port fluvial. Des bateaux de 10 m de long à voile remontent et descendent la Vilaine entre Redon et la mer. Jusqu’au XVème siècle le commerce maritime se faisait essentiellement par cabotage et les ports de mer étaient situés dans les terres, ils étaient rarement au bord de la mer (plus faciles à défendre), sauf Saint-Malo pour la Bretagne, Redon est un port maritime breton important des bateaux circulent entre Redon et Gibraltar ou le Danemark. Pour Rennes des transbordements des marchandises se font sur des bateaux à fond plat.

Les bateaux de rivière sont propulsés et gouvernés avec de grandes perches (la perche n’est utilisable qu’en zone peu profonde et à faible courant), sur le manuscrit il n’y a pas de chemin de halage, pour remonter est ce qu’on remorquait les bateaux avec des chevaux ? on ne sait pas.

L’abbaye Saint-Sauveur a sa flotte propre et son port guérandais pour le transport du sel.

Au XIIIème siècle le souterrain devait servir pour transférer les marchandises du port de la Vilaine à l’abbaye, on y observe deux grandes chambres qui devaient servir d’entrepôts à sel, le souterrain à la suite de la construction de salorges (greniers à sel) au début du XVIème siècle serait devenu inutile, et comme il était une voie d’intrusion possible dans l’abbaye il aurait été comblé et il est resté ainsi jusqu’à sa redécouverte à la fin du XIXème siècle.

La ville de Redon a été close au XIVème siècle dans les années 1340 par Jean de Tréal après la prise de la ville par les armées de Jean de Montfort au début de la guerre de succession de Bretagne, (l’abbaye avait choisi de soutenir le parti des Penthièvre). Seule une partie centrale de la ville autour de l’abbaye Saint-Sauveur est dans la ville close. Le quartier Notre-Dame est en dehors des fortifications. Sur le parchemin de 1543 le pont de Saint-Nicolas est fortifié, il permet le contrôle de l’entrée de Redon par la porte du même nom.

Au XVIIIème siècle le port est très envasé, des travaux d’aménagement sont effectués.

Le moulin du port Nihan (anciennement Porz Bihan = le petit port) barre la Vilaine c’est un moulin à double flux il utilise la force hydraulique de l’eau

douce du courant de la Vilaine et celle de l’eau salée de la marée .

C’était un moulin banal de l’abbaye il est détruit entre 1860 et 1870 mais après l’arrivée du train à Redon en 1864, ( le pont de chemin de fer sur la Vilaine et le moulin sont sur une même photo, on dit même qu’il n’aurait été détruit qu’au début du XXème siècle avant la Grande Guerre).

Conclusion.

Nous remarquons qu’au Moyen Age et à la Renaissance le marais de Redon avait une grande importance économique sur la vie de la ville de Redon et des différents villages l’environnant. Les cours d’eau dont le principal est la Vilaine, constituent des axes de communication aquatiques, à partir de la mer en remontant l’estuaire jusqu’à Redon on peut relier tous les ports de France et d’Europe voire du Monde. En remontant la Vilaine à partir de Redon on peut atteindre Rennes et grâce à des travaux entrepris dès le XVIème siècle par des bateaux de plus en plus gros. Mais en même temps il était aussi possible de remonter l’Oust jusqu’à Malestroit, des aménagements en même temps que ceux effectués sur la Vilaine ont aussi amélioré le transport sur l’Oust. La première écluse à sas de France a été construite en aval de Malestroit à Beaumont dans les années 1550.

Redon était à cette époque un important port maritime, on y construisait aussi des bateaux. Mais le port avait aussi une grande importance en tant que port fluvial.

Redon avait une grande importance dans le commerce et trafic du sel (la Bretagne n’avait pas l’impôt sur le sel, la Gabelle). Dans le manuscrit on voit arriver au port de Guipry de nombreuses embarcations chargées de sel. Ce commerce est aussi attesté par la présence de greniers à sel, l’abbaye Saint-Sauveur possédait très tôt des salines dans le marais de Guérande.

La Vilaine et L’Oust étaient aussi les lieux de nombreuses pêcheries, l’économie de la pêche faisait vivre de nombreux ménages dans le marais. L’intérêt des pêcheries de Vilaine était qu’elles fournissaient à la fois des poissons d’eau douce et des poissons marins. Au Moyen Age le poisson d’eau douce avait une part beaucoup plus importante dans la consommation qu’aujourd’hui.

Le marais était aussi important pour l’élevage, dans le parchemin de 1543, les prés des marais sont occupés par de nombreux troupeaux de vaches et de chevaux. Contrairement à ce qu’on peut croire l’environnement aquatique de Redon est d’une grande importance économique dans la vie de la ville, et plus au Moyen Age qu’aujourd’hui où commerce maritime et fluvial, construction navale et pêche ont disparu laissant place aux activités touristiques.

Joseph LE DEROUT à partir de notes prises par Odette.

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