Le château du Pordor en Avessac

une conférence par Laurent CARIO.

"UNE HISTOIRE
Le Pordor que peu de Redonnais connaissent, tellement caché aux fins fonds des marais, à la frontière entre la terre ferme du bocage et les immenses zones humides drainées par la Vilaine, a su rester discret. Pourtant, c'est sans conteste le plus grand de la petite centaine de châteaux du pays de Vilaine. C'est aussi le plus mystérieux. Son site, avec ses bois, son parc et son étang, est magique, presque "arthurien". Sa galerie de personnages et son histoire à rebondissements, sont époustouflants. Alors, dans cette forêt de siècles et d'individus, la conférence tente de nous guider quelque peu.
UNE SEIGNEURIE FEODALE

Devant une assemblée attentive, ce 7 septembre 1301 en l'abbaye de Redon, au son des cris des mouettes qui remontent avec la marée le long de la Vilaine voisine et des martinets qui tournoient sans cesse autour de l’Abbatiale, le chartrier de l'abbaye explique la cérémonie d'hommage qui se déroule entre Pierre de Lusanger et l'abbé de Saint Sauveur.

Avant toute chose, la terre que Pierre de Lusanger va récupérer est une survivance, c’est à dire un reste. C'est une division des terres confiées à l’abbaye de Redon par Nominoë. Le cartulaire écrit en 834 par le roi de Bretagne, confirme la donation de nombreuses terres à la toute jeune abbaye. C’est une parcelle du pouvoir des derniers rois carolingiens qui lui est attribuée. A elle de la protéger et d’en vivre. Le monastère étant dans l'impossibilité de tout surveiller, les moines confient donc leurs terres à des seigneurs laïcs. Les religieux appliquent ainsi à leur tour un système pyramidal : la féodalité. Ce que le roi Franc a confié à Nominoë, ce dernier le divise et en attribue une part à l'abbaye, qui à son tour, en accorde une partie à Pierre de Lusanger. Ce qui au départ, n'est qu'un prêt de terres, propriété royale, va devenir, au fil des siècles, de véritables propriétés privées et des seigneuries aux pouvoirs réels non négligeables. Il faut donc comprendre que, dans la première partie de son histoire, le Pordor est une seigneurie féodale. Comme nous venons de l’expliquer, le Château et le domaine du Pordor font partie d’un système pyramidal au sommet duquel trône le roi, suzerain de toutes les terres du royaume. Le "seignour dou Pouedou", Pierre de Lusanger, ne veut pas en rester là. Il entend bien constituer pour lui et sa famille, une grande seigneurie. Et, jusqu'en 1789, ce sont peu à peu 2.000 hectares de fiefs et de tenures que la seigneurie du Pordor parvient à constituer autour de son auguste manoir. Et même si les familles vont se succéder, Lusanger, Kervarin, Saint-Gilles, Théhillac, Villandry, Marzan, Lorges et Mauger la seigneurie quant à elle ne fera que se renforcer siècle après siècle. De cette seigneurie découlent tous les officiers, les actes d'obéissance et de soumission de la population, les impôts et autres taxes ou banalités... jusqu'à la révolte.

UN DOMAINE ARISTOCRATIQUE

1789, c'est l'époque où tout peut être dit, où l'on croit pouvoir remettre tout à plat. Pour la première fois, le roi de France, Louis XVI, demande à son peuple d’écrire dans les "cahiers de doléances" leurs remarques et leurs souhaits afin de réformer le royaume.  Ce royaume est en crise. Les finances sont au plus mal, les Français souffrent après plusieurs années de mauvaises récoltes et la société inégalitaire, divisée en trois ordres : noblesse, clergé et tiers-état, commence à se fissurer. Ces cahiers de doléances sont relativement intéressants, même si l'on sait aujourd’hui, qu'ils sont souvent rédigés selon des modèles issus de la bourgeoisie des grandes villes. Ces cahiers, même s'ils utilisent un vocabulaire "inspirés", font néanmoins l'état des réclamations et des critiqueS non pas contre le "meilleur des rois", Louis XVI, "le père de son peuple" qui est "si cher" à leurs coeurs, mais contre essentiellement la féodalite qui demeure.

Le vent révolutionnaire bouscule tout sur son passage : les droits féodaux, la noblesse, la seigneurie devient un simple domaine privée de la moitié de ses terres et revenus. Désormais le château n'est plus que la résidence d'une famille distinguée parmi toutes les autres, une famille de "notables". Les Sallentin, Goulaine, Couëtoux, Figat, Gicquel, Paumier, Gicqueau puis Cochard, se succèdent désormais à la tête de ce domaine qui, au gré des courants se transforme et au gré des héritages, se divise.

UN CHATEAU

Au Pordor, rien ne se jette, mais tout se rajoute. Quel étrange monument que cet immense vaisseau de pierres et d'ardoises planté entre bois et marais ! Plus surprenant encore cet amoncellement de toitures plus hautes les unes que les autres, et que dire encore de ces murs griffés et lacérés par les outrages du temps ? Mais comme on garde tout, à chaque siècle, sa ou ses nouvelles constructions, qui sans remplacer les anciennes, viennent transformer le manoir en château. ici le moyen âge nous a légué sa grande salle basse, la renaissance italienne nous laisse là un escalier rampe sur rampe étrangement grandiose dans ce décor champêtre tandis que les familles ici ou là, laissent quelques blasons alors que d'autres construisent d'énormes pavillons pour s'y loger. Enfin, telle une villa urbaine ou littorale, un nouveau petit château, à visage humain, se dresse depuis 1908 aux pieds d'un étang désormais devenu écrin romantique.
A NOUVEAU LA VIE 
 

La façade ouest du château.

Depuis une poignée d'années déjà, Philippe et Nicky Trutié de Varreux se sont donnés une lourde mais bien belle tâche : réveiller la belle endormie. Travaux de restauration dans le château, de rénovation des jardins et des communs, le château ainsi paré de ses plus beaux atours s'offre aux visiteurs de toutes sortes. Jeunes mariés et convives, curieux des journées du patrimoine et passionnés des jardins lors des fêtes des plantes, peuvent ainsi venir partager un moment hors du temps au Pordor.

POURSUIVRE LA VISITE

Les secrets du Pordor désormais se partagent dans un livre : LE PORDOR, 7 Siècles d'Histoire

"Avec compétence et sensibilité, l'auteur, professeur et passionné d'histoire et d'architecture, nous fait vivre à travers les siècles, l'épopée de ces familles qui l'ont habité et dont les histoires se mêlent, de près ou de loin à la Grande Histoire. Une oeuvre originale, vivante et fort bien documentée. 230 pages avec de nombreuses illustrations en couleurs à lire avec plaisir, pour réapprendre l'Histoire." N. de VarreuxPour vous procurer ce livre écrire à l'adresse mail ci-dessous.

laurent.cario@free.fr