L’histoire de la Roche Bernard.


L’histoire de la ville est marquée par 3 étapes importantes toutes témoignant de modernité.

Partie du haut, image actuelle Géoportail. En bas gravure représentant le site du premier donjon construit à la Roche-Bernard.

Situation du site de la ville près de l’estuaire de la Vilaine. La Vilaine est un fleuve important pour la pénétration de la Bretagne, navigable jusqu’à Redon et même jusqu’à Rennes pour de petites embarcations. Le fleuve avec son affluent l’Oust ont une longue histoire dans la navigation maritime et fluviatile.

Une fortification placée à la Roche Bernard peut contrôler la navigation sur le fleuve et gêner le ravitaillement de Rennes mais inversement la fortification peut aussi empêcher les ennemis venant de la mer de remonter la Vilaine.

 Le site de la ville a de fortes potentialités pour l’installation d’un port et l’établissement d’un contrôle sur la Vilaine. Une anse naturelle permet d’établir un abri pour les bateaux. Et de gros rochers sur le bord de la Vilaine constituent des promontoires qui permettent de bien voir ce qui se passe sur le fleuve tant en amont qu’en aval.

La première étape, la création de la ville et le port.

Au cours des IXème et Xème siècles les Vikings ou Normands (North man= Homme du nord) ont remonté plusieurs fois la Vilaine jusqu’à Redon et même au-delà. Et à plusieurs reprises ils ont pillés l’abbaye Saint-Sauveur, amenant les moines à fuir pour se réfugier plus à l’intérieur des terres loin des fleuves et rivières, voies de pénétration de ces envahisseurs (Mouais, Maxent).

Ci-contre la Maison des Basses Fosses emplacement et restes du château des Basses Fosses détruit par les troupes de Jean IV de Montfort, remarquez les trous de boulin. 

Autres images: 1, 2, 3.

Partant probablement de l’idée : que qui possède l’entrée de la Vilaine contrôle tout ce qui s’y passe, un Viking du nom de Bernhart ou Bern Hart s’installe au Xème siècle sur le site de la ville actuelle et y construit un château qui portait probablement le nom de Roche en référence aux rochers promontoires bordant la Vilaine. A partir de là le lieu prend le nom de Roche-Bernard.

Ci-contre une maison à pans de bois du XVème siècle.

Autour de ce château, la ville et le port se sont ensuite développés, puis la ville a été fortifiée. Le château a été détruit lors des guerres de succession de Bretagne 2ème moitié du XIVème siècle.

La ville se développe avec ses artisans et ses marchands, on y trouve encore de belles maisons du XVème  et XVIème siècles.

Deuxième étape, la Roche Bernard devient une ville protestante.

Au XVIème siècle des protestants calvinistes s’installent et prêchent la Réforme en 1558 (26 ans après le rattachement de la Bretagne à la France). Un pasteur protestant s’y installe et avec une rapidité étonnante il n’y eut plus de culte catholique à la Roche. Rappelons qu’à l’époque la Roche-Bernard faisait partie de la paroisse de Nivillac qui elle, est restée catholique.

La chapelle Notre-Dame, d’abord chapelle catholique dépendance de la paroisse de Nivillac elle est mise à la disposition du culte protestant par le baron de Coligny en 1561. Après 1663 elle redevient catholique et le portail protestant est muré et remplacé par un nouveau portail.

La famille de Coligny calviniste par l’intermédiaire d’Andelot de Coligny baron de la Roche Bernard aura une grande importance dans la conversion de la ville à la foi protestante. François d’Andelot de Coligny est le frère de l’amiral Gaspar II de Coligny assassiné aux massacres de la Saint-Barthélémy en 1572, il est devenu baron de la Roche-Bernard par son mariage avec Claude de Rieux. Le culte protestant  fut interdit à la Roche Bernard en 1663.

Au XVIIème siècle la ville connaît un développement remarquable grâce à Richelieu qui y crée des chantiers navals. Il y fit construire en 1634 la « Couronne » un navire de guerre à trois ponts. (A cette époque Richelieu était déjà abbé commendataire de l’abbaye Saint-Sauveur de Redon, il était aussi franchement antiprotestant).

Troisième étape, la Révolution de 1789.

Fidèles à leur habitude d’adopter rapidement les idées nouvelles, les habitants de la Roche-Bernard accueillirent avec enthousiasme la fin de l’ancien Régime. Tant et si bien que la cité fut attaquée par les royalistes en 1793. Un des notables de la ville Joseph Sauveur refusa à plusieurs reprises sur l’injonction de royalistes de crier « Vive le Roi ! » et fut exécuté par une balle en pleine tête. Pour marquer cette attitude courageuse la ville fut renommée de 1793 à 1802 Roche-Sauveur.

Une maison du XVIème siècle, la Maison du canon, actuellement l’Hôtel de Ville de la Roche-Bernard depuis 1849. Remarquez le beau cadran solaire en ardoise.

Les ponts de la Roche-Bernard.

Si le site de la Roche-Bernard est remarquable pour contrôler le trafic sur la Vilaine il pose un problème pour la communication entre les deux rives de la Vilaine excepté par bacs. En effet le fleuve passe dans une vallée encaissée bordée de chaque côté par une falaise de 30 à 40 m, et la construction d’un pont n’est pas simple entre les deux rives. Jusqu’en 1839 la traversée de la Vilaine ne se faisait que par bac et en fonction des courants la traversée des 300 mètres était assez périlleuse, pour éviter ces dangers il fallait remonter jusqu’à Redon pour traverser la Vilaine par route.

En 1839 on inaugure le premier pont suspendu à tablier en bois. En 1911 on fait un nouveau pont cette fois à arche métallique qui permettait aussi le passage d’une voie ferrée, mais il est détruit en 1944 par explosion provoquée par la foudre des mines disposées par les allemands.

En attendant la construction d’un nouveau pont suspendu en 1960 on traverse la Vilaine à nouveau par bac puis en 1948 par une passerelle construite avec du matériel britannique de récupération, il avait servi pour le débarquement de juin 1944 à Arromanches.

Devenu insuffisant le pont de 1960 a été doublé par un nouveau pont construit à 600m en amont et inauguré en 1996.

3 ponts de la Roche Bernard, au  premier plan le pont suspendu de 1960, derrière à droite un reste du pont suspendu de 1839, dans le fond on devine le pont de 1996.

La visite de l’usine de traitement des eaux du Drézet

Cette usine exploite la retenue d’eau douce de la Vilaine par le barrage d’Arzal. Elle  produit de l’eau potable pour fournir les zones très habitées surtout en haute saison touristique, de la presqu’île de Guérande et du sud-est du Morbihan jusqu’à Vannes. Une conduite venant de cette usine permet de réguler l’approvisionnement en eau potable de Redon. Il est aussi question d’alimenter Rennes. On remarquera que si l’approvisionnement  du sud du Morbihan et de l’ouest tient à peu près écologiquement la route, la remontée à contrecourant vers Redon et Rennes paraît une aberration, par la dépense énergétique nécessaire, et par le fait que de mon point de vue l’eau de la Vilaine au-dessus  de Rennes doit être plus facile à traiter car moins sale qu’à l’embouchure.

Mais laissons nos hôtes nous expliquer le bienfondé de ces projets.